L'IA et le marché du travail : le Maroc face à une recomposition de 4,6 millions d’emplois d’ici 2030

Avr 27, 2026 - 11:46
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L'IA et le marché du travail : le Maroc face à une recomposition de 4,6 millions d’emplois d’ici 2030

Le Maroc se prépare à une transformation profonde de son marché de l’emploi sous l’effet de l’intelligence artificielle. Un rapport récent du Centre africain des études stratégiques et de la digitalisation estime que 1,5 million de postes seront soumis à une forte pression de changement d’ici 2030. Au total, 4,6 millions d’emplois seront touchés à différents niveaux, alors que la création de nouveaux métiers numériques ne devrait pas dépasser 180 000 postes sur la même période.

L’étude dépasse le débat classique opposant destruction d’emplois et promesse de croissance. Pour ses auteurs, le véritable enjeu pour le Maroc n’est pas la disparition brutale de professions entières, mais la modification progressive des tâches, des compétences requises et de la valeur produite dans chaque métier. Dans le détail, 3,1 millions d’emplois connaîtront une évolution significative de leur contenu, s’ajoutant aux 1,5 million de postes directement sous forte pression. Le potentiel de création d’emplois numériques, estimé à 180 000, reste faible au regard de l’ampleur des mutations.

 Le Royaume présente un niveau d’exposition de 14% de l’emploi total, ce qui le place dans une situation intermédiaire à l’échelle régionale. Il se situe après l’Arabie saoudite avec 23%, la Tunisie avec 16% et l’Égypte avec 13,5%, mais devant la Côte d’Ivoire à 8%. Ce positionnement reflète une économie partiellement digitalisée, exposée aux changements technologiques, mais encore limitée par les besoins de formation et d’adaptation des cadres réglementaires.

 Plusieurs secteurs sont en première ligne. L’offshoring et les centres de services BPO, historiquement fondés sur la compétitivité coût, sont particulièrement vulnérables à l’automatisation des tâches répétitives dans la relation client, la gestion documentaire et le support. Le secteur bancaire, les assurances, l’administration et certaines branches industrielles standardisées sont également concernés. Le rapport met en lumière l’impact sur les profils en début de parcours.

Les jeunes diplômés risquent d’être touchés rapidement, car les postes d’appui administratif et d’analyse sont de plus en plus automatisables. Les femmes sont aussi davantage exposées, du fait de leur présence importante dans des fonctions tertiaires sensibles à l’IA. La structure du marché du travail marocain joue un rôle clé. Avec 67,6% des actifs dans l’informel, une grande partie de la population est pour l’instant moins directement exposée à l’automatisation. Toutefois, cette situation limite aussi l’accès aux gains de productivité et aux programmes de requalification.