5G au Maroc : un envol prometteur suivi d’un net ralentissement

Août 7, 2026 - 19:02
 0
.
5G au Maroc : un envol prometteur suivi d’un net ralentissement

Le Maroc a vécu un lancement de la 5G en fanfare avant de faire face aux limites d’une infrastructure encore en construction. Selon le dernier rapport de la plateforme américaine Ookla, fondé sur les données de Speedtest, le royaume a démarré son réseau de cinquième génération sur la bande des 3,5 GHz avec des performances remarquables, mais a enregistré dans la foulée la plus forte baisse de débit de toute l’Afrique du Nord. Dès le premier jour, la vitesse de téléchargement a atteint 261,7 Mb/s. Sur le premier mois d’exploitation, la moyenne s’est même établie à 266,94 Mb/s, soit près de six fois plus que la 4G.

Un démarrage qui s’est accompagné d’un fort engouement du public. Les données de l’Agence nationale de réglementation des télécommunications, citées par Ookla, font état de 2,63 millions d’abonnés actifs enregistrés au cours du dernier trimestre de l’année de lancement, pour une couverture extérieure de la population estimée à 38 %. Cet élan répond aussi à des échéances précises. L’ANRT impose aux opérateurs de couvrir 45 % de la population d’ici la fin 2026, afin de garantir la connectivité nécessaire aux villes qui accueilleront les matchs de la Coupe d’Afrique des Nations. Mais la dynamique s’est essoufflée rapidement.

Au cours des six premiers mois, la vitesse moyenne de la 5G marocaine a chuté de 38 %, le recul le plus important de la région, pour se stabiliser entre 160 et 165 Mb/s. Pour Ookla, l’explication tient en grande partie au choix technique retenu : le Maroc s’appuie pour l’instant sur une architecture non autonome, dite NSA, qui fait transiter la 5G par le cœur de réseau de la 4G. Résultat, les flux de données se retrouvent engorgés et les deux réseaux voient leurs performances baisser simultanément.

 La comparaison avec les voisins du Maghreb illustre bien ces disparités. L’Algérie a démarré encore plus fort avec 484,6 Mb/s sur la même bande des 3,5 GHz. Après une chute à 319 Mb/s au quatrième mois, le pays a réussi à remonter la pente pour se stabiliser à 374,37 Mb/s au sixième mois. La Tunisie, elle, a misé d’emblée sur l’accès sans fil fixe FWA pour remplacer le réseau cuivre. Elle a lancé avec 223 Mb/s en moyenne, mais l’arrivée de plus de 319 000 abonnés a rapidement fait plonger le débit à 152,92 Mb/s. En Égypte, la stratégie a été plus prudente. En réutilisant des fréquences en bande 2,6 GHz avec de petits blocs de 20 à 30 MHz, les opérateurs ont démarré à 110,5 Mb/s.

 Le réseau s’est montré plus stable et a terminé le semestre à 89 Mb/s. Le rapport d’Ookla montre que ce phénomène de ralentissement ne touche pas uniquement le Maroc. Toute l’Afrique du Nord subit la pression d’un afflux massif d’utilisateurs sur des infrastructures qui n’ont pas encore atteint leur pleine capacité. Le début de l’année 2026 a d’ailleurs marqué un élargissement de la 5G dans la région, avec l’entrée en service de la Libye via l’opérateur Al Madar Al Jadid et le lancement des offres de Chinguitel à Nouakchott en Mauritanie, après l’attribution des licences. Au final, la leçon est claire. Pour que la 5G tienne ses promesses, il ne suffit pas de lancer vite.

Le rapport conclut que la durabilité du service passe par la modernisation des cœurs de réseau 4G, le renforcement des capacités et une meilleure articulation entre le déploiement des infrastructures et les objectifs fixés par le régulateur pour 2026. Sans cela, le risque de saturation et de nouvelles baisses de débit restera élevé.