Le prix du carbone en Europe fait bouger les lignes : Tanger Med gagne du terrain face aux ports de l’UE
L’entrée en vigueur de la tarification carbone européenne bouleverse les itinéraires du commerce mondial. D’après une étude publiée par Puertos del Estado, l’organisme public espagnol des ports, les armateurs déplacent une partie de leurs escales vers des hubs situés hors de l’Union. Une tendance qui profite au Maroc et à Tanger Med. Entre janvier 2023 et mars 2026, la connectivité directe des ports du nord de l’UE a baissé de 5%. En Méditerranée orientale, le recul atteint 18%. Dans le même temps, des plates-formes au Royaume-Uni, en Égypte et au Maroc ont vu leur attractivité grimper.
Pour Puertos del Estado, l’EU-ETS est le facteur dominant. Il représente 76% du poids relatif des éléments ayant conduit à ces changements de routes. Mais il n’explique pas tout. L’étude rappelle que les coûts du carburant, la disponibilité des terminaux, la crise en mer Rouge et la recomposition des alliances maritimes entrent aussi en ligne de compte. Le segment le plus touché est le transbordement "pur". En Méditerranée occidentale, cette activité qui consiste à faire transiter des conteneurs entre deux régions lointaines sans passer par le marché local a plongé de 51% dans les ports européens depuis 2023.
Face à ce recul européen, Tanger Med a fait preuve de résilience. Le port marocain a maintenu un niveau d’activité stable, ce qui lui permet de conserver son rang dans les grands réseaux intercontinentaux. Il n’a cependant pas récupéré la totalité du trafic délaissé par ses voisins du nord. Selon l’étude, les compagnies adoptent deux nouvelles logiques pour éviter le coût carbone : "changer de route" en remplaçant une escale européenne par un port proche hors UE, ou "fractionner" la ligne en terminant la traversée hauturière sur un hub extérieur avant d’acheminer les conteneurs par des navires plus petits. Le positionnement de Tanger Med sur le détroit de Gibraltar, couplé aux extensions de capacités réalisées ces dernières années, joue en sa faveur.
Sa proximité avec Algésiras lui permet de se substituer facilement à son voisin espagnol sur les routes reliant l’Asie, le Moyen-Orient, l’Europe et les Amériques. L’étude nuance toutefois : ce mouvement ne signifie pas que Tanger Med remplace l’ensemble des ports européens, ni que tout le commerce extérieur se déporte vers le Maroc. Les lignes directement destinées au marché européen ont mieux résisté. Le relais entre pays tiers reste, lui, le plus exposé à la taxe carbone.




































