L’Inde se tourne vers le Maroc pour sécuriser ses approvisionnements en engrais sous la pression du détroit d’Hormuz
L’Inde renforce son recours au Maroc pour couvrir une partie de ses besoins en engrais, au moment où les tensions dans le détroit d’Hormuz continuent de peser sur les chaînes d’approvisionnement agricoles mondiales. Selon des données internationales, New Delhi a commencé depuis la fin mars à diversifier ses fournisseurs en s’éloignant du Golfe, en se dirigeant vers des pays comme le Maroc, la Russie et le Canada. L’Inde dépendait auparavant de la région du Golfe pour 20 à 30 pour cent de ses importations de certains engrais comme l’urée et le DAP.
Ce tournant intervient dans un contexte sensible pour l’Inde, qui se prépare à la saison agricole d’automne marquée par une forte hausse de la demande en engrais. Le gouvernement indien travaille à augmenter ses stocks afin d’éviter toute perturbation sur le marché intérieur, dans un contexte de hausse des prix mondiaux et d’augmentation des coûts de transport. D’après les mêmes données, les stocks indiens ont atteint 18 millions de tonnes contre 14,7 millions de tonnes un an auparavant, tandis que la demande totale pour la saison est estimée à environ 39 millions de tonnes.
De son côté, le Maroc semble en mesure de tirer profit de cette évolution. L’Office Chérifien des Phosphates a confirmé ce mois-ci qu’il dispose encore d’un stock de soufre suffisant au moins jusqu’en juin, malgré une hausse de ses prix d’environ 35 pour cent due aux perturbations dans le détroit d’Hormuz. Il a également indiqué avoir orienté une part plus importante de sa production vers le TSP, un produit moins dépendant du soufre et de l’ammoniac que d’autres engrais, ce qui renforce la capacité du phosphate marocain à maintenir l’approvisionnement dans une conjoncture internationale tendue.
Cette évolution ne concerne pas uniquement la relation commerciale entre le Maroc et l’Inde, mais aussi la place du détroit d’Hormuz dans le commerce mondial des engrais. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, environ 1,3 million de tonnes d’engrais par mois ne peuvent transiter par le détroit dans le contexte actuel de perturbations. D’autres estimations indiquent que près de 30 pour cent du commerce mondial des engrais passe par ce corridor maritime.
Toute perturbation dans cette zone devient ainsi un facteur direct de redéfinition de la carte des fournisseurs à l’échelle internationale. Ainsi, le phosphate marocain ne renforce pas seulement sa position sur le marché indien, il consolide aussi sa présence comme option plus stable au sein des chaînes d’approvisionnement agricoles mondiales, à un moment où la sécurité alimentaire est plus que jamais liée aux fluctuations géopolitiques et aux mouvements des corridors maritimes.







































