Maroc : une croissance peu intensive en emplois malgré des fondamentaux solides, la Banque mondiale propose un cap de réformes d’ici 2035

Mai 1, 2026 - 18:14
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Maroc : une croissance peu intensive en emplois malgré des fondamentaux solides, la Banque mondiale propose un cap de réformes d’ici 2035

Le Maroc présente des bases macroéconomiques robustes, mais son modèle de croissance ne crée pas suffisamment d’emplois au regard de l’évolution démographique. De 2000 à 2024, la population en âge de travailler a crû bien plus rapidement que l’emploi effectif, ce qui met en évidence des blocages structurels. La Banque mondiale considère qu’un ensemble coordonné de réformes pourrait permettre de créer jusqu’à 1,7 million d’emplois supplémentaires à l’horizon 2035 et de placer le PIB réel sur une trajectoire nettement plus élevée qu’aujourd’hui.

Le rapport souligne que l’écart entre la croissance économique et la création d’emplois peut être réduit, à condition d’engager des réformes structurelles menées de manière cohérente. Ce document s’inscrit dans la logique du nouveau modèle de développement et vise à nourrir les politiques publiques. Entre 2000 et 2024, la population en âge de travailler a progressé de 47 pour cent, alors que le nombre total d’emplois n’a augmenté que de 20%.

 Sur la même période, le nombre de chômeurs a crû de 19,7 pour cent. Le taux d’activité a ainsi reculé, passant de 53% à 43% . Le déficit annuel moyen de création d’emplois atteint 210 000 postes entre 2000 et 2024. Ce manque s’est aggravé avec le temps : 138 000 emplois par an dans les années 2000, 208 000 dans les années 2010, puis 370 000 par an entre 2020 et 2024, malgré une croissance plus soutenue sur cette dernière période. Pour comprendre cette faible intensité en emplois, le rapport examine la nature de la croissance marocaine.

Depuis 2000, le taux d’investissement se maintient autour de 30 pour cent du PIB, un niveau élevé à l’échelle internationale. Cette accumulation de capital a soutenu l’activité, mais les gains de productivité sont restés limités. La contribution de la productivité totale des facteurs à la croissance annuelle est estimée à 0,8 point dans les années 2000, 0,6 point dans les années 2010, et à un niveau encore plus faible depuis la pandémie. Ces résultats sont inférieurs à ceux des économies émergentes les plus dynamiques. La structure de l’investissement constitue un autre élément d’explication.

 Le secteur public représenterait entre la moitié et les deux tiers de l’investissement total. Cette configuration peut freiner la productivité à travers plusieurs mécanismes : des insuffisances dans la sélection et le suivi des projets publics, un effet d’éviction qui réduit l’accès au crédit pour les entreprises privées, en particulier les jeunes entreprises innovantes, et une présence de l’État dans certains secteurs qui limiterait l’essor d’acteurs privés plus performants.