Maison Blanche : le Maroc cité parmi les "hubs africains" utilisés pour contourner les droits de douane chinois
Le Maroc est pointé du doigt dans un nouveau rapport officiel de la Maison Blanche. Publié par le Bureau de la Politique Commerciale et Industrielle, le document intègre le Royaume au sein d’un ensemble appelé "hubs africains" avec le Kenya, utilisés par des opérateurs chinois pour contourner les droits de douane imposés par les Etats-Unis. Le rapport met en avant la position géographique des ports marocains et leur proximité avec des zones de libre-échange. Ces atouts en feraient des points de passage stratégiques dans un vaste réseau mondial de réacheminement de marchandises d’origine chinoise.
Classé en "niveau 3" ou "Tier 3", le Maroc fait partie des économies dont les volumes de réexportation restent modestes, mais qui disposent de caractéristiques précises attirant les pratiques de contournement. Le texte relève notamment des coûts de main-d’œuvre bas, des capacités d’assemblage, un accès préférentiel au marché américain et des moyens de contrôle douanier jugés insuffisants. D’après l’analyse, l’intérêt des exportateurs liés à la Chine pour l’Afrique, et en particulier pour le Maroc et le Kenya, ne réside pas dans le déplacement des plus gros flux financiers.
Il s’agirait plutôt d’exploiter des avantages spécifiques : reconditionner, réaliser un assemblage minimal ou modifier les documents d’origine afin de se soustraire aux droits de douane élevés. Les ports et zones économiques spéciales du continent sont décrits comme des maillons clés de ces circuits détournés vers les marchés internationaux. A l’échelle mondiale, plus de 40 pays sont cités dans le cadre de ce que le rapport appelle la "grande fraude au transbordement". Ils sont répartis en trois catégories selon l’importance de leurs échanges et leur tissu industriel.
Le niveau 1 concerne les grands pôles diversifiés comme le Mexique, le Canada, l’Union européenne et le Japon. Le niveau 2 inclut des pays fortement intégrés à la chaîne d’approvisionnement chinoise tels que le Vietnam, la Turquie et le Brésil. Le Maroc et le Kenya figurent au niveau 3. Le document s’appuie sur cinq évaluations, publiques et privées, qui estiment entre 40 et 303 milliards de dollars par an la valeur des biens illégalement réexpédiés.
Ces flux provoqueraient chaque année des pertes de recettes douanières de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour les Etats-Unis et affecteraient de nombreux secteurs industriels. L’étude souligne aussi un impact sur l’emploi : des centaines de milliers de postes seraient supprimés aux Etats-Unis, avec un effet négatif sur le PIB. Face à cette situation, la Maison Blanche prévoit de déployer un nouveau dispositif de contrôle appelé "Detective Border".
Ce système fondé sur l’intelligence artificielle doit permettre de recouper les données logistiques, tracer les conteneurs, cartographier les relations entre entreprises et vérifier la capacité de production réelle des sites dans les pays de transit.



































