Vers un traité d’amitié stratégique : le Maroc et la France scellent un nouveau pacte pour les décennies à venir
Après une période marquée par des tensions diplomatiques et des ajustements sensibles, le Maroc et la France s’apprêtent à ouvrir un nouveau chapitre de leur relation bilatérale. Les deux capitales travaillent activement à la signature d’un traité d’amitié stratégique appelé à refonder leur partenariat sur des bases durables, institutionnalisées et protégées des aléas politiques. Dans un contexte régional en pleine recomposition, notamment en Méditerranée occidentale et dans l’espace sahélien, Rabat et Paris affichent la volonté d’inscrire leur coopération dans une perspective de long terme.
L’objectif est clair : dépasser la gestion conjoncturelle des différends pour bâtir un cadre stable, équilibré et prévisible, capable de structurer la relation pour les décennies à venir. L’idée d’un traité structurant avait été évoquée lors de la visite d’État d’Emmanuel Macron au Maroc en octobre 2024. Elle prend aujourd’hui une dimension concrète à travers la mise en place d’un chantier diplomatique d’envergure. Inspirée des grands accords européens, à l’image du traité de l’Élysée signé en 1963 entre Paris et Bonn ou encore de l’accord du Quirinal conclu en 2021 entre la France et l’Italie, l’initiative vise à ancrer la coopération franco-marocaine dans un dispositif institutionnel pérenne.
Une commission mixte composée de douze personnalités a été constituée pour définir les contours de cette nouvelle architecture stratégique. Côté marocain, figurent notamment Mustafa Terrab, président-directeur général du groupe OCP, Chakib Benmoussa, haut-commissaire au Plan et ancien ambassadeur à Paris, ainsi que Mounia Boucetta, secrétaire générale du ministère des Affaires étrangères. La partie française réunit Jean-Louis Guigou, président de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen, l’ancienne ministre de la Justice Élisabeth Guigou et l’ex-chef de la diplomatie Hubert Védrine. Le profil des membres retenus traduit la volonté de donner à cette initiative une profondeur stratégique, à la fois politique, économique et géopolitique.
La signature du traité pourrait coïncider avec une visite d’État du Roi Mohammed VI à Paris, séquence hautement symbolique qui viendrait consacrer le réchauffement observé depuis 2024. La visite d’Emmanuel Macron à Rabat, étalée sur trois jours et marquée par un accueil officiel et populaire significatif, avait déjà acté la fin d’une période de fortes turbulences diplomatiques. Les relations bilatérales avaient été fragilisées par plusieurs dossiers sensibles, notamment la réduction drastique des visas accordés aux ressortissants marocains dans un contexte de tensions migratoires, ainsi que par des divergences autour de la question du Sahara marocain. La dynamique enclenchée en 2024 a toutefois profondément modifié l’équation politique.
Devant le Parlement marocain, Emmanuel Macron avait publiquement réaffirmé le soutien de la France à la souveraineté du Maroc sur le Sahara, inscrivant l’avenir de la région dans ce cadre et annonçant l’engagement d’acteurs économiques français dans le développement des provinces du Sud. Paris avait également exprimé son intention d’appuyer, au sein des Nations unies et de l’Union européenne, l’initiative d’autonomie proposée par Rabat comme base crédible de règlement politique. Le futur traité stratégique entend désormais donner une traduction institutionnelle à ce réalignement. Au-delà du symbole diplomatique, il s’agit d’installer un mécanisme de concertation régulier, de renforcer la coordination sur les enjeux sécuritaires et économiques, et de consolider un partenariat qui demeure l’un des piliers de la présence française en Afrique du Nord et l’un des axes majeurs de la diplomatie marocaine en Europe.
En scellant ce pacte structurant, Rabat et Paris ambitionnent de transformer une relation historique parfois heurtée en une alliance assumée, équilibrée et résiliente, capable de s’adapter aux mutations géopolitiques et de peser dans les équilibres régionaux à venir.







































