Énergie solaire : le Maroc devient le moteur du décollage africain et vise le marché européen
Le Maroc ne produit plus seulement de l’électricité solaire pour ses propres besoins. Il tire désormais l’ensemble du continent. En 2026, le Royaume atteint environ 2,5 GW de capacités solaires installées, ce qui représente plus d’un cinquième du total africain, d’après le rapport The take-off in African solar that official statistics can’t yet see d’Ember et de l’African Tech Future Lab. Cette avance s’explique par des choix stratégiques assumés depuis longtemps. Le complexe Noor Ouarzazate et le projet Noor Midelt ne sont pas de simples centrales.
Ils ont servi de laboratoire industriel, attiré des investissements et donné au Maroc une crédibilité internationale dans le solaire à concentration et le photovoltaïque. Résultat : le pays dispose aujourd’hui d’un écosystème mature, capable de déployer rapidement de nouveaux projets. Mais la vraie rupture se joue maintenant à l’export. Le Maroc veut transformer son soleil en produit d’exportation. Deux axes sont en chantier. Le premier passe par l’Espagne : l’interconnexion électrique actuelle de 1,4 GW sera portée à 2,4 GW pour évacuer plus d’électricité verte vers l’Europe.
Le second est encore plus ambitieux : le projet Xlinks prévoit d’acheminer 3,6 GW d’électricité solaire et éolienne marocaine jusqu’au Royaume-Uni via un câble sous-marin de plusieurs milliers de kilomètres. En parallèle, Rabat mise sur l’après-électricité. Le pays développe une industrie de l’hydrogène vert et de l’ammoniac vert. Plus de 32,5 milliards de dollars d’investissements sont déjà annoncés dans ce secteur. L’idée est de convertir le potentiel renouvelable marocain en molécules exportables, pour répondre à la demande européenne en carburants propres.
À l’échelle du continent, le rapport dresse un autre constat : l’Afrique vit un boom solaire largement sous-estimé. Près de 17 GW auraient été installés en 2026, soit 45 % de plus qu’en 2025. La grande majorité vient du solaire distribué, ces panneaux posés sur les toits des maisons, des écoles et des usines. Comme ces installations échappent aux statistiques officielles, l’essor réel du solaire africain reste invisible.
Pour mesurer cette dynamique, Ember et African Tech Future Lab ont changé de méthode. Au lieu de s’appuyer uniquement sur les déclarations des États, ils ont croisé les données douanières et les exportations chinoises de panneaux. Le résultat montre un marché africain bien plus vivant qu’on ne le pensait, porté par des acteurs privés et des ménages qui s’équipent directement. Dans ce contexte, le Maroc joue un double rôle. Leader en capacités centralisées, il montre la voie des grands projets. Pionnier de l’export et de l’hydrogène vert, il prépare déjà l’étape suivante : devenir un hub énergétique entre l’Afrique et l’Europe.











































