Dossier du Sahara : l’Algérie cherche l’appui de la Russie face à la pression américaine
Quelques jours après la tenue de discussions sur le Sahara à Madrid sous médiation américaine, l’Algérie a multiplié les contacts avec la Russie dans l’espoir de consolider un appui stratégique. Cette démarche intervient dans un contexte marqué par la volonté affichée de Washington d’accélérer le règlement du conflit sur la base de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, qui consacre l’initiative marocaine d’autonomie comme cadre de référence exclusif.
Pour Alger, l’équation diplomatique devient particulièrement délicate. Il lui est désormais difficile de se soustraire aux discussions internationales tout en continuant à contester son statut de partie prenante dans ce différend régional. Parallèlement, l’Algérie refuse de céder sur un dossier qu’elle considère comme un levier stratégique face au Maroc, alors même que la dynamique internationale semble évoluer en faveur de Rabat. Dans ce contexte de pression croissante exercée par les États-Unis et d’alignement progressif de plusieurs capitales sur la position marocaine, Alger tente de réactiver son partenariat traditionnel avec Moscou. Trois jours après la fin des échanges organisés à l’ambassade américaine de Madrid, la diplomatie algérienne a sollicité une audience en Russie afin de consolider ses soutiens avant les prochaines échéances au Conseil de sécurité. L’ambassadeur d’Algérie à Moscou, Toufik Djouama, a ainsi été reçu par le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexander Alimov.
Selon les informations rendues publiques, la question du Sahara a figuré au centre des discussions. Cette initiative traduit la volonté d’Alger d’utiliser le levier russe comme contrepoids face à la dynamique impulsée par Washington. Toutefois, ce scénario rappelle des épisodes récents. En octobre dernier, à l’approche des débats au Conseil de sécurité, l’Algérie avait déjà tenté de renforcer sa coordination avec Moscou. À cette occasion, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait qualifié le plan d’autonomie marocain de voie réaliste et de forme d’autodétermination.
La Russie avait, par ailleurs, choisi de ne pas s’opposer à la résolution 2797, marquant ainsi une posture plus nuancée qu’attendu. Cette évolution s’explique en partie par le repositionnement diplomatique d’Alger depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Soucieuse d’éviter d’éventuelles sanctions occidentales et d’écarter tout risque de classement du Polisario comme organisation terroriste, l’Algérie a adopté une attitude plus prudente vis-à-vis du Kremlin.
Dans le même temps, en se positionnant comme fournisseur alternatif de gaz pour l’Europe durant la crise énergétique, Alger s’est retrouvée en concurrence directe avec Moscou, son partenaire stratégique et fournisseur d’armement. Le Kremlin semble avoir pris acte de cette ambivalence et du rapprochement économique amorcé par l’Algérie avec les États-Unis. Ce contexte a contribué à un rééquilibrage progressif de la position russe sur le dossier du Sahara. Jadis perçue comme un contrepoids quasi automatique au Conseil de sécurité, la Russie adopte désormais une posture plus mesurée, reflétant une relation bilatérale marquée par une confiance moins affirmée.
Dans cette configuration diplomatique complexe, l’Algérie se trouve confrontée à un environnement international en mutation, où les marges de manœuvre se réduisent et où les alliances traditionnelles ne garantissent plus un soutien inconditionnel.



































